Les Bastides du Périgord

 

Les bastides (de l’occitan « bastida », c’est-à-dire construction), sont des villes nouvelles nées aux XIIIème et XIVème siècles dans le Sud-Ouest de la France.

Dans une période de paix et de prospérité, en gros entre la croisade contre le catharisme et le début de la guerre de Cent ans, cette grande vague de construction correspond à une hausse de la démographie et à l’amplification des déplacements.

Il s’agit, pour le ou les fondateurs, de contrôler et de rassembler la population pour exploiter la terre, de combattre l’insécurité, de stimuler les échanges économiques, de créer de nouveaux revenus fiscaux. La création des bastides répond donc à des besoins financiers et économiques, mais elle correspond aussi à une logique militaire et stratégique.

Au lendemain de la croisade contre les Albigeois, le comte de Toulouse, Raymond VII, se retrouve à la tête d’un domaine très diminué économiquement et géographiquement.

En créant une série de villes nouvelles de l’Albigeois à l’Agenais, il va chercher, non seulement à reloger les populations et relancer l’économie, mais aussi à réaffirmer son pouvoir. Cordes-sur-Ciel dans le Tarn, première des bastides, est fondée dès 1222.

En 1249, à la mort de Raymond VII, c’est son gendre Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, qui devient comte de Toulouse. Le phénomène des bastides va alors s’amplifier. Installées sur des sites défensifs, au bord de cours d’eau ou à des carrefours, le long des voies de communication, elles vont assurer le contrôle politique et économique du territoire.

Elles sont destinées à affirmer durablement l’autorité capétienne dans le sud-ouest, et à établir une ligne de front face au duché d’Aquitaine, c’est-à-dire le royaume d’Angleterre depuis un siècle.

En 1271, avec la disparition sans héritier d’Alphonse de Poitiers, le comté de Toulouse est définitivement rattaché à la couronne de France. Les représentants de Philippe le Hardi et de Philippe le Bel vont poursuivre les fondations. Les rois anglais, Edouard Ier puis Edouard II, répliquent en implantant leurs propres bastides.

Les bastides, qu’elles soient anglaises, comme Lalinde, Beaumont-du-Périgord, Molières et Monpazier, ou françaises, comme Castillonnès, Villefranche-du-Périgord, Villeréal, Eymet et Domme, apparaissent comme des pions importants dans la stratégie. La plupart seront alors fortifiées. Les deux zones d’influence se chevauchent fréquemment. La frontière est souvent indécise, les tensions continues.

Au début du XIVème siècle, l’abbé de Sarlat, et donc à travers lui le roi de France Charles IV, fonde la bastide de Saint-Sardos tout près d’Agen, de ce fait en pays anglais, malgré les vives protestations et recours en justice d’Edouard II d’Angleterre et du seigneur voisin Raymond-Bernard de Montpezat.

En 1323, celui-ci, aidé de troupes anglaises, assiège et pille la bastide, exécute tous les défenseurs et fait pendre le procureur du roi de France. L’incident sert de prétexte au roi de France pour expulser les Anglais du Périgord et envahir la quasi-totalité de l’Aquitaine.

La guerre semble inévitable. Elle sera officiellement déclarée en 1337, lorsque Edouard III d’Angleterre, ne pouvant obtenir une pleine souveraineté dans son duché d’Aquitaine, et ayant lui-même des droits à la couronne de France, ne pourra que remettre en cause la légitimité même de Philippe VI de Valois.

Les ravages de la guerre de Cent ans, les disettes et les épidémies qui les accompagnent, signent pratiquement l’arrêt de fondation de nouvelles bastides. Labastide-d’Anjou, dans l’Aude, créée en 1373, sera la dernière.

Combien reste-t-il de bastides aujourd’hui ? Il est difficile de les dénombrer exactement : entre 300 et 400. Les chiffres varient selon la définition que l’on privilégie. Certaines bastides sont restées à l’état de projet, n’ont pas été achevées, ou même ont disparu.

Certaines sont devenues de pauvres hameaux, alors que d’autres se sont au contraire hissées parmi les grandes cités, comme Libourne, Villeneuve-sur-Lot ou Villefranche-de-Rouergue.

 

LES BASTIDES DU SUD DU PERIGORD (ENTRE PERIGORD NOIR ET PERIGORD POURPRE) :

  • BEAUMONT DU PERIGORD (fondation anglaise) : 1272
  • BEAUREGARD ET BASSAC (fondation anglaise) : 1286
  • DOMME* (fondation française) : 1281
  • EYMET (fondation française) : 1270
  • FONROQUE (fondation anglaise) : 1284
  • LALINDE (fondation anglaise) : 1267
  • MOLIERES (fondation anglaise) :1284
  • MONESTIER (fondation anglaise) : 1284
  • MONPAZIER* (fondation anglaise) :1284
  • PUYGUILHEM (THENAC) fondation anglaise : 1265
  • ROQUEPINE (STE-RADEGONDE) fondation anglaise : 1283
  • VERGT (fondation anglaise) : 1287
  • VILLEFRANCHE DE LONCHAT (fondation anglaise) : 1287
  • VILLEFRANCHE DU PERIGORD (fondation française) : 1261

 

LES BASTIDES LES PLUS PROCHES HORS-DEPARTEMENT

LES BASTIDES DU LOT :

  • CAZALS (fondation anglaise) : 1317
  • MONTCABRIER (fondation française) : 1297

 

LES BASTIDES DU LOT ET GARONNE :

  • CASTELNAUD DE GRATECAMBE  (fondation française) : 1256
  • CASTILLONNES ( fondation française) : 1259
  • LIBOS (MONSEMPRON-LIBOS) fondation anglaise : 1305
  • MIRAMONT-DE-GUYENNE (fondation française) : entre 1278 et 1286
  • MONFLANQUIN* (fondation française) : 1256
  • VILLEREAL (fondation française) : 1267

* Villages classés parmi les Plus Beaux Villages de France.